Confinement, commerce en ligne et commerce de proximité : irréconciliables ?

Confinement, commerce en ligne et commerce de proximité : irréconciliables ?

Si je reprends la plume aujourd’hui, c’est pour vous faire part de ma colère face à une forme d’hypocrisie publique qui flirte également avec le populisme. Ou l’inverse, on ne sait plus ! Je rappelle bien évidement que cette pensée n’engage que moi et que je suis ouvert au débat de fond.

En effet, de plus en plus de personnes s’insurgent publiquement, dans les médias ou sur les réseaux sociaux du boulevard ouvert part le confinement et la fermeture des magasins de proximité aux ogres du e-commerce : des plateformes telles qu’Amazon ou encore Cdiscount pour ne citer que ces deux exemples (nombreux). Plateformes qui sont de plus en plus décriées dans le débat public et pointées du doigt comme constituant l’ennemi public numéro un, à coup d’informations plus ou moins véridiques. Pourtant, en plein confinement, Amazon vient par exemple d’annoncer la construction prochaine du plus grand centre logistique européen en Alsace et par là même, la création de plusieurs milliers d’emplois non délocalisables. Sans oublier les 250 millions d’euros d’impôts payés en 2019 et plus de 400 millions en 2019, quoi que l’on puisse reprocher à ces sociétés auprès des services de Bercy. Amazon, c’est aussi 130 000 emplois ! 130 000 bordel !!!

Ces plateformes ne sont pas à jeter à la poubelle, loin de là. Certes, de nombreuses critiques peuvent être formulées à leur égard et il ne s’agit pas ici de faire un plaidoyer de ces sociétés.

Mais contrairement à ce que l’on peut entendre à longueur de journée sur les plateaux télévisés, tout n’est pas à jeter, loin de là.
En cette période de confinement où l’on tend à opposer commerce en ligne et commerce de proximité, il ne faut pas oublier de regarder le problème du commerce de proximité dans son ensemble, mais également les atouts du commerce en ligne… pour le commerce de proximité et les petites entreprises !

Défendre le commerce de proximité, nos petits commerçants que l’on croise tous les jours sur nos trajets du quotidien est indispensable, pour conserver une vitalité et un dynamisme vital pour nos villes.

Mais défendre le commerce de proximité ne signifie pas pour autant de manière automatique pénaliser ou blâmer les plateformes de e-commerce. N’oublions en effet pas que le commerce de proximité souffre de nombreux maux aujourd’hui qui lui sont bien propres : évolution des habitudes de consommation, course vers les prix bas voulus par les consommateurs eux-mêmes etc.

Il serait trompeur de rejeter l’intégralité de l’échec d’une partie de notre commerce de proximité sur le dos des cadors du commerce en ligne.

Un commerce de proximité qui vend un produit 10 fois plus cher qu’un site de vente en ligne ne peut pas rendre responsable ce même site de vente en ligne d’une diminution plus ou moins importante de son résultat.
La loi de l’offre et de la demande n’est en effet pas nouvelle, loin s’en faut, et n’a pas attendu l’apparition du e-commerce pour émerger.

Enfin, n’oublions pas également que e-commerce et commerce de proximité ne sont pas forcément ennemis : Amazon vient d’annoncer une importante réduction des frais d’inscription pour permettre aux commerçants de proximité de vendre leurs produits en ligne, sans oublier qu’1/3 des produits vendus par le géant américain en France, est vendu et expédié par une PME française. Cdiscount propose aux 200 000 commerçants fermés une gratuité totale de leur abonnement et zéro commission sur les commandes en click&collect !

Les arrêtés municipaux

Il me paraît tout aussi hypocrite de constater la prise d’arrêtés municipaux par des maires souhaitant surfer sur une vague d’émotion et ainsi user (abuser?) d’un populisme d’opportunisme pour prendre des décisions parfaitement illégales, voire dangereuses pour ces mêmes commerces de proximité. Rappelons que dans la hiérarchie des normes en droit français, l’arrêté municipal se trouve en bas de la pyramide et ne peut en aucun cas aller à l’encontre d’une disposition légale ou réglementaire émanant du pouvoir législatif. Pourquoi donc autoriser des commerces à ouvrir, laissant croire à de nombreux commerçants déjà très affectés et épuisés par la situation qu’ils sont en droit d’ouvrir, alors qu’ils risquent eux-mêmes des amendes conséquentes en cas de contrôle et de contravention au titre d’une ouverture illégale réalisée en violation du confinement…

Ces mêmes maires qui seraient par ailleurs les premiers à crier au scandale si des clusters venaient à émerger du brassage de clientèle dans de petits commerces.

Soyons sérieux et responsable. Je comprends tout à fait la volonté d’alerter, mais il faut le faire raisonnablement.

En mars, certains voulaient à tout prix pouvoir porter un masque, en juillet ces mêmes personnes criaient à la dictature du masque imposé. En mars, certains ne voulaient pas être confinés, en juin ces mêmes individus ne voulaient pas être déconfinés, avant de finalement refuser un nouveau confinement en octobre.

Décidément, notre société est en ce moment perdue, inquiète et inquiétante dans son absence de cohérence ou de bon sens. Une société « influencée » par les millions d‘experts en virologie qui brassent à longueur de journées sur les réseaux sociaux leurs analyses et conseils sur la gestion d’une crise inédite pour laquelle les plus éminents spécialistes peinent à trouver les remèdes.